«Quand il entra dans le château, tout le monde pleurait.

«Blanche se meurt! Blanche est morte! lui dit-on. Et la mère et les soeurs et les enfants jetaient les hauts cris. Quand il saisit la main de Blanche, elle respirait encore: il semblait qu'elle l'eût attendu pour mourir. «—C'est toi, dit-elle. Dieu soit béni, puisque je t'ai revu sur la terre. Il lui parla, elle ne répondit pas.

«Il éclata dans sa douleur. Il se jeta sur Blanche et baisa tristement «ses lèvres muettes comme s'il voulait prendre la mort dans un baiser.—Oh! Seigneur, s'écria-t-il, vous que j'ai prié à Rome, vous que j'ai aimé partout, vous que mes aïeux ont glorifié aux croisades, Seigneur, prenez mon âme ou rendez-moi Blanche!

«Il était tombé agenouillé, il priait avec ferveur, la figure baignée de larmes. Sa fiancée, qui n'était plus qu'une fiancée de marbre, ne le voyait pas pleurer. La famille avait fui ce spectacle. Minuit sonnait au beffroi.

«Une figure apparut au très pieux Jehan de Parisis, c'était la Mort couverte d'un suaire, avec ses yeux creux et sa bouche sans lèvres. Il eut peur, mais il se jeta entre la Mort et sa fiancée.

«La Mort, plus forte que lui, l'éloigna du lit et se pencha pour saisir la jeune fille.

«Il supplia la Mort. Et comme elle le regardait avec son rire horrible, il prit son épée et frappa d'une main terrible.

«L'épée se brisa. «—Oh! Seigneur! Seigneur! s'écria-t-il, ayez pitié de moi.»

«Un ange apparut devant lui qui se pencha à son tour sur la jeune fille et lui donna un baiser divin. Mais ce baiser, comme celui de Jehan de Parisis, ne la réveilla point.

«L'ange s'évanouit et la Mort resta seule devant le lit de Blanche. —Puisque Dieu ne m'entend pas, s'écria Jehan de Parisis, que l'Enfer me secoure.»