Leur respiration était courte et rauque. Leurs belles robes étaient collées par la moiteur.

Au sommet de la côte, elles reprirent pourtant leur bel élan.

— Où diable sont-ils passés? s'écria mon oncle. Pouvez-vous apercevoir quelques traces d'eux sur la route, mon neveu?

Nous avons devant nous un long ruban blanc parsemé de voitures et de charrettes allant de Croydon à Red Hill, mais du gros four-in- hand rouge, pas le moindre indice.

— Les voilà! ils se sont dérobés! ils se sont dérobés! cria-t-il en dirigeant les juments vers une route de traverse qui s'embranchait sur la droite de celle que nous avions parcourue.

Et, en effet, au sommet d'une courbe, sur notre droite apparaissait le four-in-hand, dont les chevaux redoublaient d'efforts.

Nos juments allongèrent leur allure et la distance qui nous séparait d'eux commença à diminuer lentement. Je vis que je pouvais distinguer le ruban noir du chapeau blanc de Sir John, que je pouvais compter les plis de son manteau et je finis par distinguer les jolis traits de sa femme quand elle se tourna de notre côté.

— Nous sommes sur la petite route qui va de Godstone à Warlingham, dit mon oncle. Il aura jugé, à ce qu'il me semble, qu'il gagnerait du temps à quitter la route des voitures de maraîchers. Mais nous, nous avons une maudite colline à doubler. Vous aurez de quoi vous distraire, mon neveu, si je ne me trompe.

Pendant qu'il parlait, je vis tout à coup disparaître les roues du four-in-hand, puis ce fut le corps, puis les deux personnes placées sur le siège et cela aussi brusquement, aussi promptement que s'ils avaient rebondi sur trois marches d'un _gig_antesque escalier.

Un moment après nous étions arrivés au même endroit.