— Oui, ce sont les jardins privés, dit mon oncle, et voici la fenêtre par où Charles fit le dernier pas, celui qui le conduisit à l'échafaud. Vous ne croiriez pas que les juments ont fait cinquante milles, n'est-ce pas? Voyez comme elles vont, les petites chéries, pour faire honneur à leur maître. Regardez cette barouche, cet homme aux traits anguleux, qui regarde par la portière. C'est Pitt qui se rend à la Chambre. Maintenant nous entrons dans Pall Mail. Ce grand bâtiment à gauche c'est Carlton House, le palais du prince. Voici Saint-James, ce vaste séjour enfumé où il y a une horloge et où les deux sentinelles en habit rouge montent la garde devant la porte. Et voici la fameuse rue qui porte le même nom. Mon neveu, là se trouve le centre du monde. C'est dans cette rue que débouche Jermyn Street. Enfin nous voici près de ma petite boite et nous avons mis bien moins de cinq heures pour venir de la vieille place de Brighton.

IX — CHEZ WATTIER

La demeure qu'occupait mon oncle dans Jermyn Street était toute petite, cinq pièces et un grenier.

— Un cuisinier et un cottage, disait-il, voila à quoi se réduisent les besoins d'un homme sage.

D'autre part, elle était meublée avec la délicatesse et le goût qui distinguaient son caractère, si bien que ses amis les plus opulents trouvaient dans son charmant petit logis de quoi les dégoûter de leurs somptueuses demeures.

Le grenier même, qui était devenu ma chambre à coucher, était la plus parfaite merveille de grenier qu'on pût imaginer.

De beaux et précieux bibelots occupaient tous les coins de chaque pièce. La maison tout entière était devenue un véritable musée en miniature qui aurait enchanté un connaisseur.

Mon oncle expliquait la présence de toutes ces jolies choses par un haussement d'épaules et un geste d'indifférence.

— Ce sont de petits cadeaux, disait-il, mais ce serait une indiscrétion de ma part de dire autre chose.

À Jermyn Street, un billet nous attendait, qu'Ambroise avait déjà envoyé.