C'était un homme d'assez belle prestance, avec une figure longue, un teint clair, des cheveux châtains et de petits favoris roux.

Ses manières étaient langoureuses, son accent traînant, et tout en éclipsant mon oncle par le style extravagant de son langage, il lui manquait cet air viril et décidé qui perçait à travers tout ce qu'affectait mon parent.

— Comment? Georges, s'écria mon oncle, je vous croyais avec votre régiment?

— J'ai renvoyé mes papiers, dit l'autre avec son accent traînant.

— Je me doutais que cela finirait ainsi.

— Oui, le dixième avait reçu l'ordre de partir pour Manchester et on ne devait compter guère que je me rendrais en un tel endroit. Enfin, j'ai trouvé un major monstrueusement butor.

— Comment cela?

— Il supposait que j'étais au fait de cet absurde exercice, Tregellis, comme vous le pensez bien, j'avais tout autre chose dans l'esprit. Je n'éprouvais aucune difficulté à trouver ma place à la parade, car il y avait un troupier au nez rouge sur fond gris de puce et j'avais remarqué que ma place était juste devant lui. Cela m'épargnait une infinité d'ennuis. Mais l'autre jour, quand je vins à la parade, je galopai devant une ligne, puis devant une autre, sans pouvoir parvenir à découvrir mon homme au gros nez. Alors, comme je ne savais quel parti prendre, justement je l'aperçois tout seul sur les flancs et je me suis naturellement mis devant lui. Il parait qu'il avait été mis là pour garder la place et le major s'oublia jusqu'au point de me dire que je n'entendais rien à mon métier.

Mon oncle se mit à rire et Brummel à me regarder des pieds à la tête, avec ses grands yeux d'homme difficile.

— Voilà qui ira passablement, dit-il, marron et bleu. Ce sont des nuances tout à fait convenables pour un vêtement. Mais un gilet à fleurs aurait été mieux.