Si le peuple n'avait pas eu en surabondance cette humeur batailleuse, il est certain que l'Angleterre aurait succombé.
On pensait donc et on pense encore que, les choses étant ainsi, une lutte entre deux rivaux indomptables, ayant trente mille hommes pour témoins et que trois millions d'hommes pouvaient disputer, devait contribuer à entretenir un idéal de bravoure et d'endurance.
Sans doute, c'était un exercice brutal, et la brutalité même en était la fin dernière, mais c'était moins brutal que la guerre qui doit pourtant lui survivre.
Est-il logique d'inculquer à un peuple des moeurs pacifiques, en un siècle où son existence même peut dépendre de son tempérament guerrier?
C'est une question que j'abandonne à des têtes plus sages que la mienne.
Mais, c'était ainsi que nous pensions au temps de nos grands-pères et c'est pourquoi on voyait des hommes d'État comme Wyndham, comme Fox, comme Althorp, se prononcer en faveur de l'Arène.
Ce simple fait, que des personnages considérables se déclaraient pour elle, suffisait à lui seul pour écarter la canaillerie qui s'y glissa par la suite.
Pendant plus de vingt ans, à l'époque de Jackson, de Brain, de Cribb, des Belcher, de Pearce, de Gully et des autres, les maîtres de l'Arène furent des hommes dont la probité était au-dessus de tout soupçon et ces vingt-là étaient justement, comme je l'ai dit, à l'époque où l'Arène pouvait servir un intérêt national.
Vous avez entendu conter comment Pearce sauva d'un incendie une jeune fille de Bristol, comment Jackson s'acquit l'estime et l'amitié des gens les plus distingués de son temps et comment Gully conquit un siège dans le premier Parlement réformé.
C'étaient ces hommes-là qui déterminaient l'idéal. Leur profession se recommandait d'elle-même par les conditions qu'elle exigeait, le succès y étant interdit à quiconque était ivrogne ou menait une vie de débauche.