Un peu plus loin dans la pièce, j'aperçus la face noire et la tête crépue de Bill Richmond portant la livrée rouge et or de valet de pied.
Il était destiné à être le prédécesseur des Molineaux, des Sutton, de toute cette série de boxeurs noirs qui ont fait preuve de cette vigueur de muscle, de cette insensibilité à la douleur qui caractérisent l'Africain et lui assurent un avantage tout particulier, dans le sport du ring. Il pouvait aussi se glorifier d'avoir été le premier Américain de naissance qui eût conquis des lauriers sur le ring anglais.
Je vis aussi la figure aux traits fins de Dan Mendoza le juif, qui venait alors de quitter la vie active.
Il laissait derrière lui une réputation d'élégance, de science accomplie qui depuis lors, jusqu'à ce jour, n'a point été surpassée.
La seule critique qu'on pût lui faire était de ne pas frapper avec assez de force. C'était certes un reproche qu'on n'eût point adressé à son voisin, dont la figure allongée, le nez aquilin, les yeux noirs et brillants indiquaient clairement qu'il appartenait à la même vieille race.
Celui-là, c'était le formidable Sam, le Hollandais qui se battait au poids de neuf stone six onces, mais néanmoins, possédait une telle vigueur dans ses coups, que par la suite, ses admirateurs consentaient à le patronner contre le champion de quatorze stone, à la condition qu'ils fussent tous deux liés à cheval sur un banc.
Une demi-douzaine d'autres figures juives au teint blême prouvaient avec quelle ardeur les Juifs de Houndsditch et de Whitechapel s'étaient adonnés à ce sport de leur pays adoptif et qu'en cette carrière, comme en d'autres plus sérieuses de l'activité humaine, ils étaient capables de se mesurer avec les plus forts.
Ce fut mon voisin War qui mit le plus grand empressement à me faire connaître ces célébrités, dont la réputation avait retenti dans nos plus petits villages du Sussex.
— Voici, dit-il, Andrew Gamble le champion irlandais. C'est lui qui a battu Noah James de la Garde, et qui a ensuite été presque tué par Jem Belcher dans le creux du banal de Wimbledon, tout près de la potence d'Abbershaw. Les deux qui viennent après lui sont aussi des Irlandais, Jack O'Donnell et Bill Ryan. Quand vous trouvez un bon irlandais, vous ne sauriez rien trouver de mieux, mais ils sont terriblement traîtres. Ce petit gaillard à figure narquoise, c'est Cab Baldwin, le fruitier, celui qu'on appelle l'orgueil de Westminster. Il n'a que cinq pieds sept pouces et ne pèse que neuf stone cinq, mais il a autant de coeur qu'un géant. Il n'a jamais été battu, et il n'y a personne, ayant son poids à un stone près, qui soit capable de le battre, excepté le seul Sam le Hollandais. Voici Georges Maddox, un autre de la même couvée, un des meilleurs boxeurs qui aient jamais mis habit bas. Ce personnage à l'air comme il faut, et qui mange avec une fourchette, celui qui a la tournure d'un Corinthien, à cela près que la bosse de son nez n'est pas tout à fait à sa place, c'est Dick Humphries, le même qui était le Coq des poids moyens jusqu'au jour où Mendoza vint lui couper la crête. Vous voyez cet autre à la tête grisonnante et des cicatrices sur la figure?
— Eh mais, c'est Tom Faulkner, le joueur de cricket, s'écria Harrison, en regardant dans la direction qu'indiquait le doigt de War. C'est le joueur le plus agile des Midlands et quand il était en pleine vigueur, il n'y avait guère de boxeurs en Angleterre qui fussent capables de lui tenir tête.