—Il a été bousculé par un coup, mais il a paré tous ceux qui lui ont été portés et je trouve qu'il avait une mine à mon gré quand il s'est relevé.
— Bon! Moi j'en tiens pour le vieux boxeur. Les voici de nouveau. Il a appris un joli jeu, et il se couvre bien, mais ce n'est pas toujours celui qui a les meilleures apparences qui gagne.
Ils étaient aux prises pour la seconde fois et je trépignais d'agitation sur mon seau.
Il était évident que Berks prétendait l'emporter de haute lutte, tandis que Jim, conseillé par les deux hommes les plus expérimentés de l'Angleterre, comprenait fort bien que la tactique la plus sûre consistait à laisser le coquin gaspiller sa force et son souffle en pure perte.
Il y avait quelque chose d'horrible dans l'énergie que mettait Berks à lancer ses coups et à accompagner chaque coup d'un grognement sourd.
Après chacun d'eux, je regardais Jim comme j'aurais regardé un navire échoué sur la plage du Sussex, après chaque vague succédant à une autre vague, qui venait de monter en grondant et chaque fois je m'attendais à le revoir cruellement abîmé.
Mais la lumière de la lanterne me montrait chaque fois la figure aux traits fins de l'adolescent, avec la même expression alerte, les yeux bien ouverts, la bouche serrée, pendant qu'il recevait les coups sur lavant-bras ou que, baissant subitement la tête, il les laissait passer en sifflant par-dessus son épaule.
Mais Berks avait autant de ruse que de violence.
Graduellement, il fit reculer Jim dans un angle du carré de cordes, d'où il lui était impossible de s'échapper et dès qu'il l'y eut enfermé, il se jeta sur lui comme un tigre.
Ce qui se passa alors dura si peu de temps, que je ne saurais le détailler dans son ordre, mais je vis Jim se baisser rapidement sous les deux bras lancés à toute volée. En même temps, j'entendis un bruit sec, sonore, et je vis Jim danser au centre du ring, Berks gisant sur le côté, une main sur un oeil.