— Nous vous laissons aller pour cette fois, Harrison, dit-il.
Sont-ce là vos fils?

— Celui-ci est mon neveu, maître.

— Voici une guinée pour lui. Il ne pourra pas dire que je l'aie privé de son oncle.

Et ayant mis ainsi les rieurs de son côté par la façon gaie de prendre les choses, il fit claquer son fouet et l'on partit à fond de train pour faire en moins de cinq heures le trajet de Londres, tandis que Harrison, son fer non achevé à la main, rentrait chez lui en sifflant.

II — LE PROMENEUR DE LA FALAISE ROYALE

Tel était donc le champion Harrison.

Il faut maintenant que je dise quelques mots du petit Jim, non seulement parce qu'il fut mon compagnon de jeunesse, mais parce qu'en avançant dans la lecture de ce livre, vous vous apercevrez que c'est son histoire encore plus que la mienne et qu'il arriva un temps où son nom et sa réputation furent sur les lèvres de tout le peuple anglais.

Vous prendrez donc votre parti de m'entendre vous exposer son caractère, tel qu'il était à cette époque, et particulièrement vous raconter une aventure très singulière qui n'est pas de nature à s'effacer jamais de notre mémoire à tous deux.

On était bien surpris en voyant Jim avec son oncle et sa tante, car il avait l'air d'appartenir à une race, à une famille bien différentes de la leur.

Souvent, je les ai suivis des yeux quand ils longeaient les bas- côtés de l'église le dimanche, tout d'abord l'homme aux épaules carrées, aux formes trapues, puis la petite femme à la physionomie et aux regards soucieux et enfin ce bel adolescent aux traits accentués, aux boucles noires, dont le pas était si élastique et si léger qu'il ne paraissait tenir à la terre que par un lien plus mince que les villageois à la lourde allure dont il était entouré.