C'est ainsi que je la vis alors, et si je ne la vois point aujourd'hui, je ne suis ni assez vieux, ni assez sot pour croire qu'elle soit éteinte.

XIII — LORD NELSON

Le rendez-vous entre Lord Nelson et mon père devait avoir lieu à une heure matinale, et il tenait d'autant plus à être exact qu'il savait combien les allées et venues de l'amiral seraient modifiées par les nouvelles que nous avions apprises, la veille au soir.

Je venais à peine de déjeuner et mon oncle n'avait pas sonné pour son chocolat, quand mon père vint me prendre à Jermyn Street.

Au bout de quelques centaines de pas dans Piccadilly, nous nous trouvâmes devant le grand bâtiment de briques déteintes qui servait de logement de ville aux Hamilton et qui devenait le quartier général de Lord Nelson lorsque affaires ou plaisirs le faisaient venir de Merton.

Un valet de pied répondit à notre coup de marteau et nous introduisit dans un grand salon au mobilier sombre, aux tentures de nuance triste.

Mon père fit passer son nom et nous nous assîmes, jetant les yeux sur les blanches statuettes italiennes qui occupaient les angles, sur un tableau qui représentait le Vésuve et la baie de Naples et qui était accroché au-dessus du clavecin.

Je me rappelle encore une pendule noire au bruyant tic-tac qui était sur la cheminée; et de temps à autre, au milieu du bruit des voitures de louage, il nous arrivait de bruyants éclats de rire de je ne sais quelle autre pièce.

Lorsque enfin la porte s'ouvrit, mon père et moi nous nous levâmes, nous attendant à nous trouver en présence du plus grand des Anglais. Mais ce fut une personne bien différente qui entra.

C'était une dame de haute taille et qui me parut extrêmement belle, bien que peut-être un critique plus expérimenté et plus difficile eût trouvé que son charme appartenait plutôt aux temps passé qu'au présent.