Il portait un habit brun à haut collet, dont la manche droite et vide, pendait à son côté.
L'expression de sa figure était, je m'en souviens bien, extrêmement triste et douce, avec les rides profondes qui décelaient les luttes de son âme impatiente, ardente.
Un de ses yeux avait été crevé et abîmé par une blessure, mais l'autre se portait de mon père à moi avec autant de vivacité que de pénétration.
À vrai dire, d'ensemble, avec ses regards brefs et aigus, la belle pose de sa tête, tout en lui indiquait l'énergie, la promptitude, en sorte que, si je puis comparer les grandes choses aux petites, il me rappela un terrier de bonne race, bien dressé au combat, doux et leste, mais vif et prêt à tout ce que le hasard pourrait mettre sur sa voie.
— Eh bien! lieutenant Stone, dit-il du ton le plus cordial en tendant sa main gauche à mon père, je suis fort content de vous voir. Londres est plein de marins de la Méditerranée, mais je compte qu'avant une semaine, il ne restera plus aucun officier d'entre vous sur la terre ferme.
— Je suis venu vous demander, Sir, si vous pourriez m'aider à avoir un vaisseau.
— Vous en aurez un, Stone, si on fait quelque cas de ma parole à l'Amirauté. J'aurai besoin d'avoir derrière moi tous les anciens du Nil. Je ne puis vous promettre un vaisseau de première ligne, mais ce sera au moins un vaisseau de soixante-quatre canons, et je puis vous assurer qu'on est à même de faire bien des choses avec un vaisseau de soixante-quatre canons, bien maniable, qui a un bon équipage et qui est bien bâti.
— Qui pourrait en douter, quand on a entendu parler de l_Agamemnon_? s'écria Lady Hamilton.
Et en même temps, elle se mit à parler de l'amiral et de ses exploits en termes d'une exagération élogieuse, avec une telle averse de compliments et dépithètes, que mon père et moi nous ne savions quelle figure faire.
Nous nous sentions humiliés et chagrins de la présence d'un homme qui était forcé d'entendre dire devant lui de telles choses.