C'était un spectacle magnifique pour quiconque n'était pas dépourvu de l'instinct qui fait apprécier la plus noble des oeuvres de la nature.

Chacun de ces deux hommes répondait à la condition qui fait l'athlète puissant, celle de paraître plus grand sans ses vêtements qu'avec eux.

Dans le jargon du ring, ils bouffaient bien.

Et chacun d'eux faisait ressortir les traits caractéristiques de lautre par les contrastes avec les siens propres: ladolescent allongé, aux membres déliés, aux pieds de daim, et le vétéran trapu, rugueux, dont le tronc ressemblait à une souche de chêne.

La cote se mit à monter en faveur du jeune homme à partir du moment où ils furent mis en présence, car ses avantages étaient bien apparents, tandis que les qualités, qui avaient élevé si haut Harrison dans sa jeunesse, n'étaient plus qu'un souvenir resté aux anciens.

Tout le monde pouvait voir les trois pouces de supériorité dans la taille et les deux pouces de plus dans la longueur des bras, et il suffisait de remarquer le mouvement rapide, félin, des pieds, le parfait équilibre du corps sur les jambes, pour juger avec quelle promptitude Wilson pouvait bondir sur son adversaire plus lent ou lui échapper.

Mais il fallait un instinct plus pénétrant, pour interpréter le sourire farouche qui voltigeait sur les lèvres du forgeron ou la flamme secrète qui brillait dans ses yeux gris.

Seuls les gens dautrefois savaient quavec son coeur puissant et sa charpente de fer, cétait un homme contre lequel il était dangereux de parier.

Wilson se tenait dans la position qui lui avait valu son surnom, sa main et son pied gauche bien en avant, son corps penché très en arrière de ses reins, sa garde placée en travers de sa poitrine, mais tenue assez en avant pour qu'il fût extrêmement difficile daller au-delà.

De son côté, le forgeron avait pris lattitude tombée en désuétude qu'avaient introduite Humphries et Mendoza, mais qui ne sétait pas revue depuis dix ans dans une lutte de première classe.