XIX — À LA FALAISE ROYALE

Mon oncle, dans sa bonté, se préoccupa de faire coucher Harrison dès que la chose fut possible, car le forgeron, quoiqu'il prît ses blessures en riant, n'en avait pas moins été rudement malmené.

— N'ayez pas l'audace de me demander encore de vous battre, Jack Harrison, disait sa femme en contemplant cette figure cruellement ravagée. Tenez, vous voila en pire état que quand vous avez battu Baruch le Noir et sans votre pardessus, je ne pourrais pas jurer que vous êtes l'homme qui m'a conduite à l'autel. Quand le roi d'Angleterre le demanderait, je ne vous laisserais jamais recommencer.

— Eh bien, ma vieille, je vous donne ma parole que jamais je ne recommencerai. Il vaut mieux quitter la lutte que daller jusqu'à ce que la lutte me quitte.

Il fit une grimace en avalant une gorgée du flacon de brandy que lui tendait Sir Charles.

— C'est un liquide de premier choix, monsieur. Mais il me brûle terriblement mes lèvres fendues. Ah! voici John Cummings, l'hôtelier de Friar's Oak, aussi vrai que je suis un pêcheur! On le croirait à la recherche d'un médecin des fous, à en juger par la figure qu'il fait.

C'était, en effet, un singulier personnage que celui qui s'avançait avec nous sur la lande.

Il avait la figure échauffée, l'air hébété de l'homme qui revient à la raison au sortir de l'état d'ivresse.

Il courait de côtés et d'autres, la tête nue, les cheveux et la barbe au vent.

Il se précipitait en courts zigzags, d'un groupe à l'autre, son air extraordinaire attirant sur lui un feu roulant de traits d'esprit, si bien qu'il me rappelait malgré moi une bécasse voletant à travers une ligne de fusils.