La grille rouillée, entre les deux colonnes croulantes et surmontées d'armoiries, s'ouvrit à deux battants.

Mon oncle, dans son impatience, cingla les juments pendant que nous volions sur l'avenue envahie par les herbes folles, et il finit par les arrêter brusquement devant les marches que le temps avait noircies de taches.

La porte d'entrée s'était ouverte et le petit Jim était là à nous attendre.

Mais combien ce petit Jim ressemblait peu à celui que j'avais connu et affectionné.

Il y avait quelque chose de changé en lui.

Ce changement était si évident que ce fut ce qui me frappa d'abord et il était si subtil que je ne pus trouver de mots pour le définir.

Ce nétait pas qu'il fût mieux habillé que jadis, car je reconnus le vieux costume brun qu'il portait.

Ce n'était pas qu'il eût l'air moins engageant, car son entraînement l'avait laissé tel qu'il pouvait passer pour le modèle de ce que devait être un homme.

Et pourtant ce changement était réel. Cétait je ne sais quelle dignité dans lexpression, je ne sais quoi qui donnait de lassurance à son attitude et qui par sa présence visible paraissait être la seule chose qui eût manqué pour lui donner l'harmonie et la perfection.

Et malgré son exploit on eût dit que son nom d'écolier, petit Jim, lui était resté naturellement jusqu'au moment où je le vis en sa virilité maîtresse d'elle-même et si magnifique sur le seuil de la vieille maison.