— Pour cela, je le jure, dit mon oncle avec empressement.
— Ensuite, au retour d'Harrison, j'appris que mon fils était définitivement engagé dans un match où il s'agissait de lutter en public pour de l'argent. Cela ne devait pas être, Charles. C'est chose bien différente de lutter comme nous l'avons fait dans notre jeunesse, vous et moi, et de concourir pour gagner une bourse pleine d'or.
— Mon cher ami, pour rien au monde, je ne voudrais…
— Naturellement, Charles, vous ne le feriez pas. Vous avez fait choix de l'homme le plus capable. Pouviez-vous agir autrement? Mais cela ne devait pas être. Je décidai que le moment était venu de me faire connaître à mon fils, d'autant plus que bien des indices me révélaient que mon genre de vie si contraire aux lois de la nature avait gravement altéré ma santé. Le hasard, je devrais dire plutôt la Providence, fit enfin paraître en pleine lumière ce qui était jusqu'alors resté obscur et me donna les moyens de prouver mon innocence. Ma femme est allée hier soir chercher mon fils pour le ramener auprès de son malheureux père.
Il y eut quelques instants de silence et ce fut la voix de mon oncle qui y mit fin.
— Vous avez été l'homme le plus cruellement traité du monde, Ned, dit-il. Plaise à Dieu que nous ayons de nombreuses années pour vous indemniser, mais malgré tout nous sommes, à ce qu'il me semble, aussi loin que jamais de savoir comment votre malheureux frère a trouvé la mort.
— Cela a été un mystère pour moi, autant que pour vous pendant dix-huit ans. Mais enfin l'auteur du crime s'est révélé. Avancez, Ambroise, et faites votre récit avec autant de franchise et de détails que vous me l'avez fait à moi-même.
XXI — LE RÉCIT DU VALET
Le valet avait quitté le coin sombre de la pièce où il était resté dans une immobilité telle que nous avions oublié sa présence.
Alors, à cet appel de son ancien maître, il vint se placer en pleine lumière et tourna de notre côté sa figure blême.