Sa voix était pleine de larmes. Son langage était si simple, si vrai que nous nous imaginions tous les deux voir le pauvre petit gisant devant nous sur le tapis et que nous étions sur le point de joindre nos paroles de pitié et de souffrances aux siennes.

Et alors, avant même que nos joues fussent sèches, elle redevint ce qu'elle avait été.

— Eh bien! s'écria-t-elle, que dites-vous de cela? Voilà comment j'étais au temps où Sally Siddons verdissait de jalousie au seul nom de Polly Hinton. C'est dans une belle pièce, dans Pizarro.

— Et qui l'a écrite?

— Qui l'a écrite? Je ne l'ai jamais su. Qu'importe qu'elle ait été écrite par celui-ci ou celui-là? Mais il y a là quelques tirades pour celui qui connaît la façon de les débiter.

— Et vous ne jouez plus, madame?

— Non, Jim, j'ai quitté les planches, quand… quand j'en ai eu assez. Mais mon coeur y revient quelquefois. Il me semble qu'il n'y a pas d'odeur comparable à celle des lampes à huile de la rampe et des oranges du parterre. Mais vous êtes triste, Jim.

— C'est que je pensais à cette pauvre femme et à son enfant.

— Tut! N'y songez plus. J'aurai tôt fait de l'effacer de votre esprit. Voici miss Priscilla Boute en train dans la Partie de saute-mouton. Il faut vous figurer que la mère parle et que c'est cette effrontée petite dinde qui lui riposte.

Et elle se mit à jouer une pièce à deux personnages, alternant si exactement les deux intonations et les attitudes, que nous nous figurions avoir réellement deux êtres distincts devant nous, la mère, vieille dame austère, qui tenait la main en cornet acoustique et sa fille évaporée toujours en l'air.