Si vous arrivez à me regarder comme un fil mince et incolore, qui servirait à réunir mes petites perles, vous m'accueillerez dans les conditions mêmes où je désire être accueilli.
Notre famille, les Stone, était depuis bien des générations vouée à la marine et il était de tradition, chez nous, que l'aîné portât le nom du commandant favori de son père.
C'est ainsi que nous pouvions faire remonter notre généalogie jusqu'à l'antique Vernon Stone, qui commandait un vaisseau à haut gaillard, à l'avant en éperon, lors de la guerre contre les Hollandais.
Par Hawke Stone et Benbow Stone, nous arrivons à mon père Anson Stone qui à son tour me baptisa Rodney Stone en l'église paroissiale de Saint-Thomas, à Portsmouth, en l'an de grâce 1786.
Tout en écrivant, je regarde par la fenêtre de mon jardin, j'aperçois mon grand garçon de fils, et si je venais à appeler «Nelson!», vous verriez que je suis resté fidèle aux traditions de famille.
Ma bonne mère, la meilleure qui fut jamais, était la seconde fille du Révérend John Tregellis, curé de Milton, petite paroisse sur les confins de la plaine marécageuse de Langstone.
Elle appartenait à une famille pauvre, mais qui jouissait d'une certaine considération, car elle avait pour frère aîné le fameux Sir Charles Tregellis, et celui-ci, ayant hérité d'un opulent marchand des Indes Orientales, finit par devenir le sujet des conversations de la ville et l'ami tout particulier du Prince de Galles.
J'aurai à parler plus longuement de lui par la suite, mais vous vous souviendrez dès maintenant qu'il était mon oncle et le frère de ma mère. Je puis me la représenter pendant tout le cours de sa belle existence, car elle était toute jeune quand elle se maria.
Elle n'était guère plus âgée quand je la revois dans mon souvenir avec ses doigts actifs et sa douce voix.
Elle m'apparaît comme une charmante femme aux doux yeux de tourterelle, de taille assez petite, il est vrai, mais se redressant quand même bravement.