— J'avais espéré que cela viendrait de Lord Nelson, répondit mon père. Il serait temps que le petit reçoive sa commission, mais si elle vous est adressée, cela ne peut venir de quelque personnage de bien grande importance.
— D'un personnage sans importance! s'écria-t-elle, feignant d'être offensée. Vous aurez à me faire vos excuses, pour ce mot- là, monsieur, car cette lettre m'est envoyée par un personnage qui n'est autre que sir Charles Tregellis, mon propre frère.
Ma mère avait l'air de baisser la voix, toutes les fois qu'elle venait à parler de cet étonnant personnage qu'était son frère.
Elle l'avait toujours fait, autant que je puis m'en souvenir, de sorte que c'était toujours avec une sensation de profonde déférence que j'entendais prononcer ce nom-là.
Et ce n'était pas sans motif, car ce nom n'apparaissait jamais qu'entouré de circonstances brillantes, de détails extraordinaires.
Une fois, nous apprenions qu'il était à Windsor avec le roi, d'autres fois, qu'il se trouvait à Brighton avec le prince.
Parfois, c'était sous les traits d'un sportsman que sa réputation arrivait jusqu'à nous, comme quand son Météore battit Egham au duc de Queensberry à Newmarket ou quand il amena de Bristol Jim Belcher et le mit à la mode à Londres.
Mais le plus ordinairement, nous l'entendions citer comme l'ami des grands, l'arbitre des modes, le roi des dandys, lhomme qui s'habillait à la perfection.
Mon père, toutefois, ne parut pas transporté de la réponse triomphante que lui fit ma mère.
— Eh bien, qu'est ce qu'il veut? demanda-t-il d'un ton peu aimable