Plus d'une fois, j'avais entendu le grondement des canons arrivant de fort loin jusqu'à moi.

Puis, c'étaient des gens de mer nous racontant comment ils avaient quitté Londres et s'étaient battus avant la tombée de la nuit, ou bien, à peine sortis de Portsmouth, s'étaient trouvés bord à bord avec lennemi, avant même d'avoir perdu de vue le phare de Sainte- Hélène.

C'était l'imminence du danger qui nous réchauffait le coeur en faveur de nos marins, qui inspirait nos propos, autour des feux de l'hiver, où nous parlions de notre petit Nelson, de Cuddie Collingwood, de Johnnie Jarvis, de bien d'autres.

Pour nous, ce n'étaient point de grands amiraux, avec des titres, des dignités, mais de bons amis à qui nous donnions de préférence notre affection et notre estime.

Auriez-vous parcouru la Grande-Bretagne de long en large que vous n'y auriez pas trouvé un seul jeune garçon qui ne brûlât du désir de partir avec eux sous le pavillon à croix rouge.

Mais, maintenant la paix était venue, et les flottes, qui avaient balayé le canal de la Méditerranée, étaient immobiles et désarmées dans nos ports.

Il y avait moins d'occasions pour attirer nos imaginations du côté de la mer.

Désormais, c'était à Londres que je pensais le jour, de Londres que je rêvais la nuit, l'immense cité, séjour des savants et des puissants, d'où venaient ce flot incessant de voitures, ces foules de piétons poudreux qui défilaient sans interruption devant notre fenêtre.

Ce fut uniquement cet aspect de la vie qui se présenta le premier à moi.

Aussi, étant tout jeune garçon, je me figurais d'ordinaire la cité comme une écurie _gig_antesque où fourmillaient les voitures, et d'où elles partaient en un flot ininterrompu sur les routes de la campagne.