— Je ne vous ai jamais vu manquer d'empire sur vous-même, dit mon oncle.

— Vous me pardonnerez certainement, sir Charles, si vous vous rappelez quelle était ma situation vis-à-vis de Lord Avon.

Il y avait un certain accent de dignité dans son langage. Ambroise sortit après s'être incliné.

— Nous devons montrer quelque condescendance, dit mon oncle, reprenant soudain son ton léger. Quand un homme s'entend à préparer une tasse de chocolat, à faire un noeud de cravate, comme Ambroise sait le faire, il a droit à quelque considération. Le fait est que le pauvre garçon était le domestique de Lord Avon, qu'il était à la Falaise royale dans la nuit fatale dont j'ai parlé et qu'il est très dévoué à son ancien maître. Mais voila que mes propos tournent au genre triste, Mary, ma soeur, et maintenant, si vous le préférez, nous reviendrons aux toilettes de la comtesse Liéven et aux commérages de Saint-James.

VI — SUR LE SEUIL

Ce soir-là, mon père m'envoya de bonne heure au lit, malgré mon vif désir de rester, car le moindre mot de cet homme attirait mon attention.

Sa figure, ses manières, la façon grandiose et imposante dont il faisait aller et venir ses mains blanches, son air de supériorité aisée, l'allure fantasque de ses propos, tout cela m'étonnait, m'émerveillait. Mais, ainsi que je le sus plus tard, la conversation devait rouler sur moi-même, sur mon avenir.

Cela fut cause qu'on m'expédia dans ma chambre, où m'arrivait tantôt la basse profonde de la voix paternelle, tantôt la voix richement timbrée de mon oncle, et aussi, de temps à autre, le doux murmure de la voix de ma mère.

J'avais fini par m'endormir, lorsque je fus soudain réveillé par le contact de quelque chose d'humide sur ma figure et par l'étreinte de deux bras chauds.

La joue de ma mère était contre la mienne.