Le motif de notre déménagement, c'était qu'on vivait à meilleur marché à la campagne, et qu'il serait plus facile pour ma mère de garder les dehors d'une dame, quand elle se trouverait à distance du cercle des personnes qu'elle ne pourrait se refuser à recevoir
C'était une époque d'épreuves pour tout le monde, excepté pour les fermiers. Ils faisaient de tels bénéfices qu'ils pouvaient, à ce que j'ai entendu dire, laisser la moitié de leurs terres en jachère, tout en vivant comme des gentlemen de ce que leur rapportait le reste.
Le blé se vendait cent dix shillings le quart, et le pain de quatre livres un shilling neuf pences.
Nous aurions eu grand peine à vivre, même dans le paisible cottage de Friar's Oak sans la part de prises revenant à l'escadre de blocus sur laquelle servait mon père.
La ligne de vaisseaux de guerre louvoyant au large de Brest n'avait guère que de l'honneur à gagner. Mais les frégates qui les accompagnaient firent la capture d'un bon nombre de navires caboteurs, et, comme conformément aux règles de service elles étaient considérées comme dépendant de la flotte, le produit de leurs prises était réparti au marc le franc.
Mon père fut ainsi a même d'envoyer à la maison des sommes suffisantes pour faire vivre le cottage et payer mon séjour à l'école que dirigeait Mr Joshua Allen.
J'y restai quatre ans et j'appris tout ce qu'il savait.
Ce fut à l'école d'Allen que je fis la connaissance de Jim Harrison, du petit Jim, comme on la toujours appelé. Il était le neveu du champion Harrison, de la forge du village.
Je me le rappelle encore, tel qu'il était en ce temps-là, avec ses grands membres dégingandés, aux mouvements maladroits comme ceux d'un petit terre-neuve, et une figure qui faisait tourner la tête à toutes les femmes qui passaient.
C'est de ce temps-là que date une amitié qui a duré toute notre vie. Je lui appris ses lettres, car il avait horreur de la vue d'un livre, et de son côté, il m'enseigna la boxe et la lutte, il m'apprit à chatouiller la truite dans l'Adur, à prendre des lapins au piège sur la dune de Ditchling, car il avait la main aussi leste qu'il avait le cerveau lent.