— Que voulez-vous dire? demandai-je.

— Eh! mon ami, Napoléon est débarqué de l'île d'Elbe. Ses troupes sont accourues autour de lui, et le roi Louis s'est sauvé à toutes jambes. La nouvelle en est arrivée à Berwick ce matin.

— Grands Dieux! s'écria mon père. Alors, voici cette terrible besogne entièrement à recommencer?

— Oui, nous nous étions figurés que l'Ombre n'était plus là, et elle y est encore. Wellington a reçu l'ordre de quitter Vienne pour se rendre dans les Pays-Bas, et l'on croit que l'Empereur fera une sortie d'abord dans cette direction. Eh! c'est un mauvais vent, un vent qui ne présage rien de bon. Je viens justement de recevoir la nouvelle que je dois rejoindre le 71ème régiment comme premier major.

À ces mots je serrai la main à notre bon voisin, car je savais combien il était humilié de se voir traiter en invalide, qui n'avait plus de rôle à jouer en ce monde.

— Il faut que je rejoigne mon régiment le plus tôt possible, et nous serons là-bas, de l'autre côté de l'eau, dans un mois, peut- être même à Paris dans un autre mois.

— Alors, par le Seigneur! major, s'écria Jim Horscroft, je pars avec vous. Je ne suis pas trop fier pour refuser de porter le fusil, si vous voulez me mettre en face de ce Français.

— Mon garçon, dit le major, je serai fier de vous avoir sous mes ordres. Quant à de Lissac, où sera l'Empereur, il sera aussi.

— Vous savez son nom? dis-je. Qu'est-ce que vous pouvez nous apprendre de lui?

— Il n'y a pas de meilleur officier dans l'armée française, et pourtant c'est beaucoup dire. Il parait qu'il serait devenu maréchal, mais qu'il a préféré, rester auprès de l'Empereur. Je l'ai rencontré deux jours avant l'affaire de la Corogne, lorsque je fus envoyé en parlementaire pour négocier au sujet de nos blessés. Il était alors avec Soult. Je l'ai reconnu en le voyant.