Il n'y avait pas un moment à perdre, car les Prussiens n'avaient donné à Wellington aucunes nouvelles de ce qui se passait, et bien qu'il se fût élancé de Bruxelles aux premières rumeurs de l'événement, comme un bon chien de garde sort de son chenil, c'était difficile de supposer qu'il pourrait arriver assez à temps pour porter secours aux Prussiens.
C'était une belle et chaude matinée, et pendant que la brigade marchait sur la large chaussée belge, la poussière s'en élevait comme eut fait la fumée d'une batterie.
Je puis vous dire que nous bénîmes celui qui avait planté les peupliers sur les bords, car leur ombre valait mieux pour nous que de la boisson.
À travers champs, à gauche comme droite, il y avait d'autres routes, l'une tout près de la nôtre, l'autre à un mille ou plus.
Une colonne d'infanterie suivait la plus rapprochée.
C'était une belle rivalité qui nous animait, car des deux côtés on mettait toute son énergie à jouer des jambes.
Il flottait autour deux une si large guirlande de poussière, que nous distinguions seulement les canons de fusils et les bonnets de peau d'ours pointant çà et là, ou la tête et les épaules d'un officier monté, dominant le nuage, et le drapeau qui flottait au vent.
Cétait une brigade de la Garde, mais nous ne savions pas laquelle, car il y en avait deux qui faisaient la campagne avec nous.
Dans le lointain, on voyait aussi sur la route un épais nuage de poussière, mais qui s'entrouvrant de temps à autre, laissait apercevoir un long chapelet de grains scintillants d'un éclat d'argent.
La brise apportait un tel bruit de musique grondante, sonore, éclatante, que jamais je n'entendis rien de pareil.