— Par Dieu! s'écria le sergent. C'est lui, c'est Boney, celui qui monte le cheval gris. Oui, j'en parierais un mois de solde.
J'écarquillai les yeux pour le voir, cet homme qui avait étendu au-dessus de toute l'Europe cette grande ombre, qui avait plongé les Nations dans les ténèbres pendant vingt-cinq ans, cette ombre qui était même allée s'étendre jusqu'au-dessus de notre ferme lointaine, et nous avait violemment arrachés, moi, Edie et Jim, à l'existence que nos familles avaient menées avant nous.
Autant que je pus en juger à cette distante, c'était un homme trapu, aux épaules carrées.
Il tenait appliquée à ses yeux sa lorgnette, en écartant fortement les coudes de chaque côté.
J'étais encore occupé à le regarder, quand j'entendis à côté de moi un fort souffle de respiration.
C'était Jim, dont les yeux luisaient comme des charbons ardents.
Il avançait la figure jusque sur mon épaule.
— C'est lui, Jock, dit-il à voix basse.
— Oui, c'est Boney, répondis-je.
— Non, non, c'est lui; c'est de Lapp, ou de Lissac, à moins que ce démon n'ait encore quelque autre nom. C'est lui.