Une mince colonne se détacha de la grosse masse bleue, et s'avança d'un pas vif vers la ferme située en bas de notre position.

Elle n'avait pas fait cinquante pas qu'un coup de canon partit d'une batterie anglaise à notre gauche.

La batailla de Waterloo venait de commencer.

Il ne m'appartient pas de chercher à vous raconter l'histoire de cette bataille, et d'ailleurs je n'aurais pas demandé mieux que de me tenir en dehors d'un pareil événement, s'il n'était pas arrivé que notre destin, celui de trois modestes êtres qui étaient venus là de la frontière, avait été de nous y mêler au même point que s'il s'était agi de n'importe lequel de tous les rois ou empereurs.

À dire honnêtement la vérité, j'en ai appris sur cette bataille, plus par ce que j'ai lu que par ce que j'ai vu.

En effet, qu'est-ce que je pouvais voir, avec un camarade de chaque côté, et une grosse masse de fumée blanche au bout de mon fusil.

Ce fut par les lèvres et par les conversations d'autres personnes que j'appris comment la grosse cavalerie avait fait des charges, comment elle avait enfoncé les fameux cuirassiers, comment elle fut hachée en morceaux avant d'avoir pu revenir.

C'est aussi par là que j'appris tout ce qui concerne les attaques successives, la fuite des Belges, la fermeté qu'avaient montrée Pack et Kempt.

Mais je puis, d'après ce que je sais par moi même, parler de ce que nous vîmes nous mêmes par les intervalles de la fumée et les moment d'accalmie de la fusillade, et cest précisément cela que je vous raconterai.

Nous étions à la gauche de la ligne, et en réserve, car le duc craignait que Boney ne cherchât à nous tourner de ce côté, pour nous prendre par derrière, de sorte que nos trois régiments, ainsi qu'une autre brigade anglaise et les Hanovriens, avaient été postés là pour être prêts à tout hasard.