Un coup de clairon nous avertit de cesser le feu.
Une bouffée de vent emporta le voile qui s'étendait devant nous et alors nous pûmes voir ce qui s'était passé.
Je m'étais attendu à voir la moitié de ce régiment de cavalerie couché à terre, mais soit que leurs cuirasses les eussent protégés, soit que par suite de notre jeunesse et de l'agitation que nous avait causée leur approche, nous eussions tiré haut, notre feu ne leur avait pas causé grand dommage.
Environ trente chevaux gisaient par terre, trois ensemble à moins de dix yards de moi, celui du milieu était complètement sur le dos, les quatre pattes en l'air, et c'était l'une de ces pattes que j'avais vue s'agiter à travers la fumée.
Il y avait huit ou dix morts et autant de blessés, qui restaient assis sur l'herbe, la plupart tout étourdis, mais l'un d'eux criant à tue-tête:
— Vive l'Empereur!
Un autre, qui avait reçu une balle dans la cuisse, un grand diable à moustache noire, était assis le dos contre le cadavre de son cheval.
Ramassant sa carabine, il fit feu avec autant de sang-froid que s'il avait concouru pour le tir à la cible, et il atteignit en plein front Angus Myres qui n'était séparé de moi que par deux hommes.
Il allongeait la main pour prendre une autre carabine qui se trouvait tout près, mais avant qu'il eût le temps de la saisir, le gros Hodgson, qui formait le pivot de la compagnie de Grenadiers, accourut et lui planta sa baïonnette dans la gorge. Grand dommage, car cétait un fort bel homme!
Tout d'abord je m'imaginai que les cuirassiers s'étaient enfuis à la faveur de la fumée, mais ils nétaient pas gens à le faire aussi facilement.