Notre crête offrait un spectacle terrible. On eût dit qu'il restait à peine quelques parcelles de rouge et des lignes vertes à l'endroit où avait été la légion allemande, tandis que les masses françaises semblaient aussi denses qu'avant.

Nous savions pourtant qu'ils avaient dû perdre plusieurs milliers dhommes dans ces attaques.

Nous entendîmes de grands cris de joie partir de leur coté; puis, tout à coup, leurs batteries rouvrirent le feu avec un vacarme tel que celui qui venait de finir n'était rien en comparaison.

Il devait être deux fois aussi fort, car chaque batterie était deux fois plus rapprochée.

Elles avaient été déplacées de façon à tirer presque à bout portant, d'énormes masses de cavalerie, disposées dans leurs intervalles, pour les défendre contre toute attaque.

Quand ce tapage infernal arriva à nos oreilles, il n'y eût pas un homme, jusqu'au petit tambour, qui ne comprît ce que cela signifiait.

C'était le dernier et suprême effort que faisait Napoléon pour nous écraser.

Il ne restait plus que deux heures de jour, et si nous pouvions tenir ce temps-là, tout irait bien.

Épuisés par la faim, la fatigue, accablés, nous faisions des prières pour obtenir la force de charger nos armes, de sabrer, de tirer, tant qu'un de nous resterait debout.

Maintenant, la canonnade ne pouvait plus nous faire grand mal, car nous étions couchés à plat ventre, et nous pouvions en un instant nous dresser en une masse hérissée de baïonnettes, si la cavalerie fondait de nouveau sur nous.