Je passai cinq ans encore chez Birtwhistle après cela, et quand j'en sortis, j'étais moi-même devenu le coq de l'école, car j'étais aussi sec, aussi nerveux qu'une lame de baleine, quoique je doive convenir que je n'atteignais pas au poids non plus qu'au développement musculaire de mon grand prédécesseur.
Ce fut dans l'année du jubilé que je sortis de chez Birtwhistle.
Ensuite je passai trois ans à la maison, à apprendre à soigner les bestiaux; mais les flottes et les armées étaient encore aux prises, et la grande ombre de Bonaparte planait toujours sur le pays.
Pouvais-je deviner que moi aussi j'aiderais à écarter pour toujours ce nuage de notre peuple?
II — LA COUSINE EDIE DEYEMOUTH
Quelques années auparavant, alors que j'étais un tout jeune garçon, la fille unique du frère de mon père était venue nous faire une visite de cinq semaines.
Willie Calder s'était établi à Eyemouth comme fabricant de filets de pêche, et il avait tiré meilleur parti du fil à tisser que nous n'étions sans doute destinés à faire des genêts et des landes sablonneuses de West Inch.
Sa fille, Edie Calder, arriva donc en beau corsage rouge, coiffée d'un chapeau de cinq shillings et accompagnée d'une caisse d'effets, devant laquelle les yeux de ma mère lui sortirent de la tête comme ceux d'un crabe.
C'était étonnant de la voir dépenser sans compter, elle qui n'était qu'une gamine.
Elle donna au voiturier tout ce qu'il lui demanda, et en plus une belle pièce de deux pence, à laquelle il n'avait aucun droit.