Elle était tout le temps à regarder fixement devant elle, les lèvres entrouvertes, comme si elle voyait quelque chose d'extraordinaire, mais quand je me postais derrière elle, et que je regardais dans la même direction, je n'apercevais que l'abreuvoir des moutons ou bien le tas de fumier, ou encore les culottes de papa suspendues avec le reste du linge à sécher.

Puis, si elle apercevait une touffe de bruyère ou de fougère, ou n'importe quel objet tout aussi commun, elle restait en contemplation.

Elle s'écriait:

— Comme c'est beau! comme c'est parfait!

On eût dit que c'était un tableau en peinture.

Elle n'aimait pas à jouer, mais souvent je la faisais jouer au chat perché; ça manquait d'animation, car j'arrivais toujours à l'attraper en trois sauts, tandis qu'elle ne m'attrapait jamais, bien qu'elle fit autant de bruit, autant d'embarras que dix garçons.

Quand je me mettais à lui dire qu'elle n'était bonne à rien, que son père était bien sot de l'élever comme cela, elle pleurait, disait que jétais un petit butor, qu'elle retournerait chez elle ce soir même, et qu'elle ne me pardonnerait de la vie.

Mais au bout de cinq minutes, elle ne pensait plus à rien de tout cela.

Ce qu'il y avait d'étrange, c'est qu'elle avait plus d'affection pour moi que je n'en avais pour elle, qu'elle ne me laissait jamais tranquille.

Elle était toujours à me guetter, à courir après moi, et à dire alors: « Tiens! vous êtes là! » en faisant l'étonnée.