Un jour, comme je rentrais en tête du troupeau, je vis mon père assis, une lettre à la main.
C'était un événement fort rare chez nous, excepté quand l'agent écrivait pour le terme.
En m'approchant de lui, je vis qu'il pleurait, et je restai à ouvrir de grands yeux, car je m'étais toujours figuré que c'était là une chose impossible à un homme.
Je le voyais fort bien à présent, car il avait à travers sa joue pâlie une ride si profonde, qu'aucune larme ne pouvait la franchir.
Il fallait qu'elle glissât de côté jusqu'à son oreille, d'où elle tombait sur la feuille de papier.
Ma mère était assise près de lui et lui caressait la main, comme elle caressait le dos du chat pour le calmer.
— Oui, Jeannie, disait-il, le pauvre Willie est mort. Cette lettre vient de l'homme de loi. La chose est arrivée subitement. Autrement on nous aurait écrit. Un anthrax, dit-il, et un flux de sang à la tête.
— Ah! Alors ses peines sont finies, dit ma mère.
Mon père essuya ses oreilles avec la nappe de la table.
— Il a laissé toutes ses économies à sa fille, dit-il, et si elle n'a pas changé, par Dieu, de ce qu'elle promettait d'être, elle n'en aura pas pour longtemps. Vous vous rappelez ce qu'elle disait, sous ce toit même, du thé trop faible, et cela pour du thé à sept shillings la livre.