Elle était brune, bien plus brune que ne le sont ordinairement nos jeunes filles du border, et pourtant à travers ce teint charmant, s'entrevoyait une nuance de carmin pareille à la teinte plus chaude qu'on remarque au centre d'une rose soufre.

Ses lèvres étaient rouges, exprimant la douceur, et la fermeté, mais dès ce moment même, je vis au premier coup d'oeil flotter au fond de ses grands yeux une expression de malice narquoise.

Elle s'empara de moi séance tenante, comme si j'avais fait partie de son héritage. Elle allongea la main et me cueillit.

Elle était en toilette de deuil, comme je l'ai dit, et dans un costume qui me fit l'effet d'une mode extraordinaire, et elle portait un voile noir qu'elle avait écarté de devant sa figure.

— Ah! Jock, me dit-elle en mettant dans son anglais un accent maniéré qu'elle avait appris à la pension. Non, non, nous sommes un peu trop grands pour cela?…

Cela, c'était parce que, avec ma sotte gaucherie, j'avançais ma figure brune pour l'embrasser, comme je l'avais fait la dernière fois que nous nous étions vus…

— Soyez bon garçon et donnez un shilling au conducteur, qui a été extrêmement complaisant pour moi pendant le trajet.

Je rougis jusqu'aux oreilles, car je n'avais en poche qu'une pièce d'argent de quatre pence.

Jamais le manque d'argent ne me parut plus pénible qu'à ce moment- là.

Mais elle me devina d'un simple regard, et aussitôt une petite bourse en moleskine à fermoir d'argent me fut glissée dans la main.