C'était enfin ce vif regard de défi, et cette bonne parole qui ramenait chacun de nous à son niveau.
Mais non, pas tout à fait à son niveau.
Pour moi, elle fut toujours une créature lointaine et supérieure.
J'avais beau me monter la tête et me faire des reproches.
Quoi que je fisse, je n'arrivais pas à reconnaître que le même sang coulait dans nos veines et qu'elle n'était qu'une jeune campagnarde, comme je n'étais qu'un jeune campagnard.
Plus je l'aimais, plus elle m'inspirait de crainte, et elle s'aperçut de ma crainte longtemps avant de savoir que je l'aimais.
Quand j'étais loin d'elle, j'éprouvais de l'agitation, et pourtant lorsque je me trouvais avec elle, j'étais sans cesse à trembler de crainte que quelque faute commise en parlant ne lui causât de l'ennui ou ne la fâcha.
Si j'en avais su plus long sur le caractère des femmes, je me serais peut-être donné moins de mal.
— Vous êtes bien changé de ce que vous étiez autrefois, disait- elle en me regardant de côté par-dessous ses cils noirs.
— Vous ne disiez pas cela lorsque nous nous sommes vus pour la première fois, dis-je.