Mais il aurait éprouvé une bien autre surprise en voyant le calme et l'esprit de bienveillance qui règnent actuellement dans le coeur des hommes, en lisant dans les journaux et entendant dire dans les réunions qu'il ne faut plus de guerre, excepté bien entendu, avec les nègres et leurs pareils.
Quand il mourut, ne nous battions-nous pas, presque sans interruption — une trêve de deux courtes années — depuis bientôt un quart de siècle?
Réfléchissez à cela, vous qui menez aujourd'hui une existence si tranquille, si paisible.
Des enfants, nés pendant la guerre, étaient devenus des hommes barbus, avaient eu à leur tour des enfants, que la guerre durait encore.
Ceux qui avaient servi et combattu à la fleur de l'âge et dans leur pleine vigueur, avaient senti leurs membres se raidir, leur dos se voûter, que les flottes et les armées étaient encore aux prises.
Rien d'étonnant, dès lors, qu'on en fût venu à considérer la guerre comme l'état normal, et qu'on éprouvât une sensation singulière à se trouver en état de paix.
Pendant cette longue période, nous nous battîmes avec les Danois, nous nous battîmes avec les Hollandais, nous nous battîmes avec l'Espagne, nous nous battîmes avec les Turcs, nous nous battîmes avec les Américains, nous nous battîmes avec les gens de Montevideo.
On eût dit que dans cette mêlée universelle, aucune race n'était trop proche parente, aucune trop distante pour éviter d'être entraînée dans la querelle.
Mais ce fut surtout avec les Français que nous nous battîmes; et de tous les hommes, celui qui nous inspira le plus d'aversion, et de crainte et d'admiration, ce fut ce grand capitaine qui les gouvernait.
C'était très crâne de le représenter en caricature, de le chansonner, de faire comme si c'était un charlatan, mais je puis vous dire que la frayeur qu'inspirait cet homme planait comme une ombre noire au-dessus de l'Europe entière, et qu'il fut un temps où la clarté d'une flamme apparaissant de nuit sur la côte faisait tomber à genoux toutes les femmes et mettait les fusils dans les mains de tous les hommes.