Il se balançait toujours de son air entêté, pendant qu'une petite boule noire était hissée à la pointe de son grand mât, et que le magnifique vieux drapeau apparaissait tout à coup et ondulait à ses drisses.
Puis se fit entendre de nouveau le rap, rap, rap! de ses petits canons, suivi du boum! boum! des grosses caronades qui armaient les baux du lougre.
Un instant plus tard, les trois navires formaient un groupe.
Le navire-marchand oscilla comme un cerf avec deux loups accrochés à ses hanches.
Tous trois ne formaient plus qu'une confuse masse noire enveloppée dans la fumée, d'où pointaient çà et là les vergues. D'en haut et du centre de ce nuage partaient, comme l'éclair, de rouges langues de flammes.
C'était un tapage si infernal de gros et de petits canons, de cris de joie, de hurlements, que pendant bien des semaines mes oreilles en tintèrent encore.
Pendant une heure d'horloge, le nuage poussé par l'enfer se déplaça lentement sur les flots, et nous restâmes là, le coeur saisi, à regarder le battement du pavillon, nous écarquillant les yeux pour voir s'il était toujours à sa place.
Puis, tout à coup, le vaisseau, plus fier, plus noir, plus ferme que jamais, se remit en marche.
Quand la fumée se fut un peu dissipée, nous vîmes un des lougres vacillant comme un canard qui tombe à l'eau, avec une aile cassée, tandis que sur l'autre, on se hâtait d'embarquer l'équipage avant qu'il ne coulât à pic.
Pendant toute cette heure, toute ma vie avait été concentrée dans la bataille.