Comme nos regards se portaient vers la mer, nous vîmes tout à coup émerger du brouillard la voile d'un petit bateau, qui arrivait du côté de la terre en se balançant.

Un seul homme était assis à la manoeuvre, et le bateau louvoyait comme si l'homme avait de la peine à se décider pour atterrir sur la plage ou s'éloigner.

À la fin, comme si notre présence lui eût fait prendre son parti, il piqua droit vers nous, et sa quille se froissa contra les galets, juste à nos pieds.

Il laissa tomber sa voile, sauta dehors, et traîna l'avant sur la plage.

— Grande Bretagne, je crois? dit-il en faisant promptement demi- tour pour s'adresser à nous.

C'était un homme de taille un peu au-dessus de la moyenne, mais d'une maigreur excessive.

Il avait les yeux perçants, très rapprochés, entre lesquels se dressait un nez long et tranchant, au-dessus d'un buisson de moustache brune aussi raide, aussi dure que celle d'un chat.

Il était vêtu fort convenablement, d'un costume brun à boutons de cuivre, et chaussé de grandes bottes que l'eau de mer avait durcies et rendues fort rugueuses.

Il avait la figure et les mains d'un teint si foncé qu'on aurait pu le prendre pour un Espagnol, mais quand il leva son chapeau pour nous saluer, nous vîmes que son front était très blanc et que la nuance si foncée de son teint n'était que superficielle.

Il nous regarda alternativement et dans ses yeux gris il y avait un je ne sais quoi que je n'avais jamais vu jusqu'alors. La question ainsi faite était facile à comprendre, mais on eût dit qu'il y avait derrière elle une menace, on eût dit qu'il comptait sur la réponse comme sur une obligation et non comme sur une faveur.