Quelquefois, de Lapp s'y embarquait seul, et je l'ai vu pendant tout un été ramant lentement, s'arrêtant tous les cinq ou six coups de rame, pour jeter une pierre attachée au bout d'une corde.

Je ne compris rien à sa conduite jusqu'au jour où il me l'expliqua de son propre gré.

— J'aime à étudier tout ce qui a du rapport aux choses de la guerre, dit-il, et je n'en laisse jamais échapper une occasion. Je me demandais s'il serait difficile à un commandant de corps d'armée d'opérer un débarquement ici.

— Si le vent ne venait pas de l'Est, dis-je.

— Oui, s'est bien cela, si le vent ne venait pas de l'Est. Avez- vous pris des sondages ici?

— Non.

— Votre ligne de vaisseaux de guerre serait forcée de se tenir au large, mais il y a ici assez d'eau pour qu'une frégate de quarante canons puisse approcher jusqu'à portée de fusil. Bondez vos canots de tirailleurs, déployez-les derrière ces dunes de sable, puis soutenez-les en en lançant encore d'autres, lancez des frégates une pluie de mitraille par-dessus leurs têtes. Cela pourrait se faire! Cela pourrait se faire.

Ses moustaches raides comme celles d'un chat se hérissèrent plus que jamais, et je pus voir à l'éclat de son regard qu'il était emporté par ses rêves.

— Vous oubliez que nos soldats seraient sur la plage, dis-je avec indignation.

— Ta! Ta! Ta! s'écria-t-il, naturellement pour une bataille, il faut être deux. Voyons maintenant, raisonnons la chose. Combien d'hommes pouvez-vous mettre en ligne? Dirons-nous vingt mille, trente mille? Quelques régiments de bonnes troupes, le reste! Peuh! Des conscrits, des bourgeois armés. Comment appelez-vous ça? Des volontaires?