—C'est donc vous, jeune coq des bois? grogna Saxon d'une voix qui n'exprimait pas un excès de joie.

—Ni plus, ni moins, dit Ruben. Et maintenant, mes gais cavaliers, faites faire demi-tour à vos chevaux, et au trot, en route. Il n'y a pas un moment à perdre. Il faut que nous soyons tous à Taunton demain.

—Mais, dis-je, mon cher Ruben, il n'est pas possible que vous veniez avec nous pour rejoindre Monmouth. Que dirait votre père? Il ne s'agit pas d'une promenade de vacances, mais d'une expédition qui peut finir d'une façon triste et cruelle. Mettons les choses au mieux. La victoire ne sera obtenue qu'au prix de beaucoup de sang et de dangers. Si cela tourne mal, il peut arriver que nous ayons à monter sur l'échafaud.

—En avant, les amis, en avant! s'écria-t-il, en donnant de l'éperon à son cheval, tout est arrangé, réglé. Je viens exprès offrir mon auguste personne, en même temps qu'une épée que j'ai empruntée, et un cheval que j'ai dérobé, à Son Altesse très Protestante, James, duc de Monmouth.

—Mais comment cela se fait-il? demandai-je, pendant que nous chevauchions côte à côte. Cela me réchauffe jusqu'au fond du cœur de vous voir, mais vous ne vous êtes jamais occupé de religion ni de politique; d'où vient donc cette soudaine résolution?

—Eh bien, à dire la vérité, répondit-il, je ne suis homme ni du Roi ni du duc, et je ne donnerais pas un bouton pour voir l'un ou l'autre sur le trône. Je ne suppose pas que l'un contribue plus que l'autre à augmenter la clientèle de la Gerbe de blé, ou qu'il ait besoin des conseils de Ruben Lockarby. Je suis l'homme de Micah Clarke, de la pointe des cheveux à la plante des pieds, et s'il part à cheval pour la guerre, que la peste m'emporte, si je ne suis pas à ses côtés.

Et en parlant, il leva la main d'un geste enthousiaste.

Cela lui fit perdre l'équilibre, et il tomba dans un épais fourré de broussailles sur le bord de la route, d'où ses jambes émergèrent, s'agitant désespérément dans les ténèbres.

—C'est la dixième fois, dit-il en se dégageant et grimpant de nouveau sur sa selle. Mon père me disait: «prends l'habitude de ne pas rester collé à ton cheval. Il faut se hausser et se laisser tomber doucement.» Cela ne fait rien, on se laisse tomber plus souvent qu'on ne se hausse. Et la chute n'est pas douce.

—Pardieu, c'est vrai, s'écria Saxon, au nom de tous les saints du calendrier, comment espérez-vous de vous tenir en selle, en face de l'ennemi, si vous n'y arrivez pas sur une route tranquille?