Nous arrêtâmes nos coursiers haletants, et tendîmes l'oreille.

Mais on n'entendait aucun bruit si ce n'est le doux murmure de la brise à travers les genêts et le cri mélancolique de l'engoulevent.

Derrière nous s'étendait la vaste plaine ondulée, à moitié éclairée, à moitié dans l'ombre, et fuyant vers l'horizon sombre, sans qu'il s'y remarquât un indice de vie ou de mouvement.

—Nous les avons entièrement dépassés, ou bien ils ont renoncé à nous faire la chasse, dis-je. Mais qu'ont donc les chevaux pour trembler et renâcler ainsi?

—Ma pauvre bête est presque morte, remarqua Ruben, en se penchant en avant, et frappant la main sur la crinière fumante de son cheval.

—Malgré tout cela, impossible de prendre du repos, dit Saxon, il peut se faire que nous ne soyons pas encore hors de danger. Un ou deux milles de plus nous tireront d'affaire. Mais voici quelque chose qui ne me plaît pas.

—Qu'est-ce qui ne vous plaît pas.

—Ces chevaux, et leur frayeur. À certains moments les animaux peuvent voir et entendre mieux que nous, ainsi que je serais en état de le prouver par divers exemples tirés de ma propre expérience sur le Danube ou dans le Palatinat, si le moment et l'endroit s'y prêtaient. Encore un effort, avant de nous reposer!

Les chevaux fatigués répondirent bravement à l'appel, et parcoururent ainsi à grand-peine un assez long trajet sur ce sol inégal.

Nous songions à nous arrêter pour tout de bon et nous allions nous féliciter d'avoir vaincu nos poursuivants par la fatigue, lorsque tout à coup retentit le coup de voix semblable à un son de cloche, et cette fois bien plus sonore qu'il n'avait été jusqu'alors, si sonore même qu'il était évident que nous avions les chiens presque sur les talons.