Le front haut, intelligent, la longue barbe flottante, tout cela sentait le philosophe, mais l'éclat des yeux, le nez aquilin à courbure très forte, le corps svelte et droit que le poids des années n'avait pu faire fléchir, faisaient deviner un soldat.

Son port fier, son costume riche, quoique sévère, de velours noir, contrastaient singulièrement avec l'humble aspect du logis qu'il avait choisi pour sa demeure:

—Oh! dit-il, en nous jetant un regard pénétrant, deux d'entre vous sont novices à la guerre, et l'autre est un vieux soldat. Vous avez été poursuivis, à ce que je vois.

—Mais comment le savez-vous? demanda Saxon.

—Ah! mon ami, moi aussi j'ai servi en mon temps. Mes yeux ne sont point si vieux qu'ils ne puissent reconnaître que des chevaux ont été éperonnés à outrance, et il n'est pas malaisé de voir que l'épée de ce jeune géant a été employée à une besogne moins innocente qu'à griller du lard. Votre assertion peut donc s'admettre. Un véritable soldat commence toujours par s'occuper de son cheval. Je vous prie donc de mettre les vôtres à l'entrave au dehors, car je n'ai ni valet d'écurie ni domestiques à qui les confier.

La maison inconnue, où nous entrâmes aussitôt, avait été agrandie aux dépens de la pente de la hauteur contre laquelle elle avait été construite, en sorte qu'elle formait une salle très longue et très étroite.

Les extrémités de cette grande pièce, au moment de notre entrée, étaient plongées dans l'ombre, mais au centre flambait avec une vive lumière un brasier plein de charbon, au-dessus duquel était suspendue une marmite de cuivre.

À côté du feu, une longue table de bois était couverte de flacons de verre au goulot recourbé, de bassins, de tubes, d'autres instruments dont je ne connaissais ni le nom ni l'usage.

Une longue rangée de bouteilles contenant des liquides et des poudres de diverses couleurs était disposée sur une étagère.

Une autre étagère supportait une assez belle collection de volumes bruns.