En avant et à côté de nous la plaine s'étendait en un tapis de couleur brune jusqu'à l'horizon, sans que rien fit saillie à sa surface stérile et couverte d'ajoncs.

Sur tout cet espace, rien ne décelait la vie, à l'exception de rares lapins, qui rentraient à la hâte dans leurs trous au bruit de notre approche, ou de quelques moutons décharnés, affamés, qui trouvaient à peine leur subsistance dans l'herbe grossière et filandreuse que produisait ce sol stérile.

Le sentier était si étroit que nous ne pouvions le suivre qu'un à un, mais nous ne tardâmes pas à le quitter entièrement, ne nous en servant que pour nous guider, et galopant côte à côte à travers la plaine ondulée.

Nous gardions tous le silence.

Ruben contemplait sa nouvelle cuirasse, ainsi que je pouvais en juger par les fréquents regards qu'il y jetait.

Saxon, les yeux à demi clos, ruminait quelque affaire qui l'intéressait.

Quant à moi, mes pensées se reposaient sur les infâmes projets que le coffre d'or avait inspirés au vieux soldat, et sur le surcroît de honte que me causait la certitude que notre hôte avait, je ne sais comment, deviné son intention.

Il ne pouvait résulter rien de bon d'une alliance avec un homme à ce point dépourvu de tous sentiments d'honneur ou de gratitude.

Je sentis cela si fortement que je rompis enfin le silence, en montrant un sentier qui coupait le notre, et s'en éloignait, et en lui recommandant de le suivre, puisqu'il avait prouvé qu'il n'était point fait pour la compagnie d'honnêtes gens.

—Par la sainte croix! dit-il en mettant la main sur la poignée de sa rapière, est-ce que vous avez donné congé à votre bon sens? Ce sont là des paroles qu'aucun cavalier d'honneur ne saurait tolérer.