Il y a cinquante ans, les femmes étaient bonnes ménagères, et elle se distinguait parmi les meilleures.
Quand on voyait ses manchotes immaculées, son tablier d'une blancheur de neige, on avait peine à croire qu'elle fût une rude travailleuse.
Seules la bonne tenue de la maison, la propreté des chambres exemptes de toute poussière, démontrait son activité.
Elle composait des remèdes, des eaux pour les yeux, des poudres et compositions, du cordial et du persicot, ou du noyau de pêche, de l'eau de fleur d'oranger, de l'eau de vie de cerise, chaque chose en son temps, et le tout dans la perfection.
Elle s'entendait également en herbes et en simples.
Les villageois et les travailleurs des champs aimaient mieux la consulter sur leurs indispositions que d'aller trouver le docteur Jackson, de Purbrook, qui ne prenait jamais moins d'une couronne d'argent pour composer un remède.
Dans tout le pays, il n'y avait pas de femme qui fût l'objet d'un respect, d'une estime mieux mérités, de la part de ses supérieurs et de ses inférieurs.
Tels étaient mes parents, d'après les souvenirs de mon enfance.
Quand à moi, je laisserai mon récit expliquer le développement de mon caractère.
Mes frères et ma sœur étaient tous de solides bambins campagnards, aux figures brunies, sans autre particularité bien marquée qu'un penchant à jouer de mauvais tours, modéré par la crainte de leur père.