—Quels Goths! De vrais Goths! s'écria le petit maître, en levant ses mains blanches... Mais j'entends un pas lourd et un bruit d'armure dans le corridor. C'est notre ami le chevalier de la colérique figure, si je ne me trompe.
C'était, en effet, Saxon, qui entrait à grandes enjambées, pour nous prévenir que nos chevaux étaient à la porte et que tout était prêt pour notre départ.
Je le pris en particulier, et je le mis au fait, à voix basse, de ce qui s'était passé entre l'inconnu et nous, en ajoutant les détails qui m'avaient fait penser qu'il se joindrait à notre parti.
À ces nouvelles, le vieux soldat fronça les sourcils.
—Que peut-on faire d'un fat de ce genre? dit-il. Nous avons en perspective de rudes coups et une existence plus rude encore. Il n'est pas propre à cette besogne.
—Vous avez dit vous-même, répondis-je, que Monmouth manquait de cavalerie, voici un cavalier bien monté, et selon toutes les apparences un homme acculé aux dernières extrémités et prêt à tout. Pourquoi ne l'enrôlerions-nous pas?
—Ce que je crains, dit Saxon, c'est que son corps ne soit comme le son dont est bourré un coussin neuf et qui n'a d'autre valeur que celle de son enveloppe. Mais c'est peut-être mieux ainsi. La série de ses titres pourra lui assurer un bon accueil au camp, car, à ce qu'on me dit, on ne serait pas très satisfait de l'indifférence que montre la noblesse à l'encontre de l'entreprise.
—J'ai eu peur, dis-je toujours à voix basse, que nous ne perdions l'un de nous au lieu de faire une recrue, dans cette hôtellerie anglaise.
—J'ai fait mes réflexions, répondit-il en souriant. Mais je vous en parlerai plus tard... Eh bien, Sir Gervas Jérôme, reprit-il à haute voix en s'adressant à notre nouvel associé, j'apprends que vous venez avec nous. Il faudra vous contenter de nous suivre pendant un jour sans faire de question, ni de remarque. Est-ce convenu?
—J'accepte avec empressement, s'écria Sir Gervas.