Quant aux campagnards qui faisaient route vers l'ouest, c'étaient pour la plupart des hommes à la fleur de l'âge, et peu ou point chargés de bagages.

Leurs figures brunies, leurs grosses bottes, et leurs limousines, indiquaient qu'ils étaient en grande majorité de simples valets de ferme, quoique parmi eux, on reconnut, à leurs bottes à revers ou à leur vêtement en étoffe à côtes, de petits fermiers ou propriétaires.

Ces gens-là marchaient par bandes.

Le plus grand nombre étaient armés de grosses triques de chêne, qui leur servaient de bâtons pendant leur voyage, mais qui, maniées par des hommes robustes, pouvaient être des armes formidables.

De temps à autre, l'un d'eux entonnait un psaume, qui était repris en chœur par tous ceux qui étaient à portée de l'entendre, en sorte que le chant finissait par gagner toute la longueur de la route par vagues successives.

Sur notre passage, plusieurs nous lancèrent des regards de colère.

D'autres échangèrent quelques paroles à demi-voix en hochant la tête, et se demandant évidemment qui nous étions et quel était notre but.

Ça et là, parmi ce peuple, nous aperçûmes le haut chapeau à larges bords et le manteau genevois qui étaient les insignes du clergé puritain.

—Nous voici enfin dans le pays de Monmouth, me dit Saxon, car Ruben Lockarby et sir Gervas Jérôme nous précédaient, voilà les matériaux brutes qu'il nous faudra tailler pour en faire des soldats.

—Et des matériaux qui ne sont pas trop mauvais, répondis-je, car j'avais remarqué la force corporelle, et l'expression d'énergie et de bonhomie des figures. Ainsi donc vous croyez que ces gens-là sont en route pour le camp de Monmouth?