—Qu'avez-vous à dire? demanda-t-il, en se tournant vers nous. Combattez-vous pour Baal ou pour le Seigneur? Qui n'est pas avec nous est contre nous.

—De quel côté se trouve Baal, très Révérend monsieur, et de quel côté se trouve le Seigneur? demanda Sir Gervas Jérôme. M'est avis que si vous parliez en bon anglais au lieu de parler hébreu, nous arriverions plutôt à nous entendre.

—Ce n'est pas le moment pour des propos légers, s'écria le ministre, dont la figure s'empourpra de colère. Si vous tenez à l'intégrité de votre peau, dites-moi si vous êtes pour le sanguinaire usurpateur Jacques Stuart, ou pour sa Très Protestante Majesté le Roi Monmouth.

—Quoi! il a déjà pris ce titre? s'écria Saxon. Eh bien, sachez que nous sommes, tous les quatre, indignes instruments sans doute, en route pour offrir nos services à la cause protestante.

—Il ment, bon maître Pettigrue, il ment très impudemment, cria du fond de la foule un robuste gaillard. A-t-on jamais vu un bon Protestant dans ce costume de Polichinelle, comme celui de là-bas? Le nom d'Amalécite n'est-il pas écrit sur son vêtement? N'est-il pas habillé ainsi qu'il convient à un fiancé de la Courtisane Romaine. Dès lors pourquoi ne les frapperions-nous pas?

—Je vous remercie, mon digne ami, dit Sir Gervas, dont le costume avait excité la colère de ce champion, si j'étais plus près de vous, je vous rendrais une bonne partie de l'attention que vous m'avez accordée.

—Quelle preuve avons-nous que vous n'êtes pas à la solde de l'usurpateur et en route pour aller persécuter les fidèles? demanda l'ecclésiastique puritain.

—Je vous le répète, mon homme, dit Saxon d'un ton d'impatience, nous avons fait tout le trajet depuis le Hampshire pour combattre contre Jacques Stuart. Nous allons nous rendre à cheval au camp de Monmouth en votre compagnie. Pouvez-vous exiger une preuve meilleure?

—Il peut se faire que vous cherchiez simplement le moyen d'échapper à la captivité parmi nous, fit remarquer le ministre, après avoir délibéré avec un ou deux chefs de paysans. Nous sommes donc d'avis qu'avant de nous accompagner, vous nous remettiez vos épées, pistolets, et autres armes charnelles.

—Non, cher monsieur, cela ne saurait être. Un cavalier ne peut se défaire honorablement de sa lame ou de sa liberté, de la façon que vous demandez. Tenez-vous tout près de moi du côté de la bride, Clarke, et sabrer le premier coquin qui mettra la main sur vous.