Il avait la face longue, maigre, avec des joues creuses, et une paire de sourcils très proéminents, d'yeux très enfoncés, à l'expression mélancolique, où passait de temps à autre comme un éclair la flamme soudaine d'un enthousiasme ardent.
—Je me nomme Josué Pettigrue, gentlemen, dit-il. Je suis un digne ouvrier dans la vigne du Seigneur, et prêt à rendre témoignage par ma voix et mon bras à son saint Covenant. Voici mon fidèle troupeau, que j'emmène vers l'Ouest, afin qu'il soit tout prêt pour sa moisson, lorsqu'il plaira au Tout-Puissant de le convoquer.
—Mais pourquoi ne leur avez-vous pas fait prendre une sorte d'ordre ou de formation? demanda Saxon. Ils sont éparpillés sur toute la longueur de la route comme une bande d'oies par un terrain communal, à l'approche de la Saint-Michel. Est-ce que vous ne craignez rien? N'est-il pas écrit que votre malheur survient à l'improviste, que vous serez brisés brusquement, sans remède?
—Oui, ami, mais n'est-il pas écrit d'autre part: «Mets ta confiance en Dieu de tout ton cœur, et ne l'appuie pas sur ta propre intelligence.» Remarquez-le, si je rangeais mes hommes à la façon des soldats, cela attirerait l'attention, et amènerait une attaque de la part de la cavalerie de Jacques qui arriverait de notre côté. Mon désir est d'amener mon troupeau au camp de Monmouth et de leur procurer des mousquets avant de les exposer dans une lutte aussi inégale.
—Vraiment, monsieur, c'est là une sage résolution, dit Saxon d'un air sévère, car si une troupe de cavalerie fondait sur ces bonnes gens, le berger n'aurait plus de troupeau.
—Non, cela n'arriverait jamais, s'écria Maître Pettigrue avec élan. Dites plutôt que berger, troupeau, et le reste se mettraient en marche sur le sentier épineux du martyre, qui conduit à la Jérusalem nouvelle. Sache, ami, que j'ai quitté Monmouth pour amener ces hommes sous son étendard. J'ai reçu de lui, ou plutôt de Maître Ferguson, des instructions m'ordonnant de vous trouver, ainsi que plusieurs autres des fidèles, dont nous attendons l'arrivée du côté de l'Est. Par quelle route êtes-vous venu?
—À travers la plaine de Salisbury, et ensuite par Bruton.
—Et avez-vous rencontré de nos gens on route?
—Pas un seul, répondit Saxon, mais nous avons laissé les Gardes bleus à Salisbury, et nous avons vu soit ceux-ci, soit un autre régiment tout près de ce côté-ci de la Plaine, au village de Mere.
—Ah! voici qu'a lieu le rassemblement des aigles, s'écria Maître Josué Pettigrue, en secouant la tête. Ce sont des gens aux beaux vêtements, avec chevaux de guerre et chariots, et harnais, comme les Assyriens de jadis, mais l'Ange du Seigneur soufflera sur eux pendant la nuit. Oui, dans sa colère, il les tranchera tous, et ils seront détruits.