Le gros de la troupe s'arrêta à un quart de mille de nous.

Trois officiers s'avancèrent sur le front, se consultèrent un court instant, et comme conséquence probable de cet entretien, l'un d'eux éperonna son cheval et trotta de notre côté.

Un trompette le suivait à quelque pas, agitant un mouchoir blanc et lançant de temps à autre des coups de clairon.

—Voici un parlementaire, dit Saxon, qui se tenait debout sur sa charrette. Maintenant, mes frères, nous n'avons ni timbales, ni airain sonore, mais nous avons l'instrument dont nous à pourvus la Providence. Montrons aux habits rouges que nous savons nous en servir.

Dès lors pourquoi craindre le violent,
Pourquoi redouter l'orgueilleux
Est-ce que je fuirai devant deux ou trois,
S'il est à côté de moi, Lui.

Cent quarante voix lui répondirent en un chœur de voix rauques:

Qui donc craindrait de tirer l'épée
Et de livrer les combats du Seigneur?

À ce moment je n'eus pas de peine à comprendre comment les Spartiates avaient découvert dans Tyrtée, le chantre boiteux, le plus heureux de leurs généraux, car le son de leur propre voix augmentait la confiance des paysans, en même temps que les paroles martiales de l'hymne excitaient en leur cœur une détermination invincible.

Leur courage s'exalta tellement que leur chant s'acheva en un retentissant cri de guerre, qu'ils brandirent leurs armes au-dessus de leurs têtes et qu'ils étaient prêts, je crois, à s'élancer hors de leurs barricades pour se jeter sur les cavaliers.

Au milieu de cette clameur, de cette agitation, le jeune officier de dragons, un beau jeune homme au teint bronzé, s'approcha sans crainte de la barricade, arrêta son superbe cheval rouan et leva la main d'un geste impérieux pour demander le silence.