Cette petite pièce me causa un plaisir infiniment plus vif que je n'en éprouvai bien des années après, en assistant aux pièces les plus célèbres de Mr Congrève et de Mr Dryden, bien qu'elles fussent jouées par Kynaston, Betterton et toute la Compagnie du Roi.

Je me souviens qu'une fois, à Chichester, je payai un penny pour voir le soulier gauche de Madame Putiphar, mais il ressemblait à n'importe quel vieux soulier, et était d'une pointure telle qu'il eût chaussé la femme du montreur.

Plus d'une fois j'ai regretté que mon penny ne fut tombé entre les mains des coquines.

Il y avait toutefois d'autres spectacles dont la vue ne me coûtait rien, et qui cependant étaient plus réels, et plus intéressants sous tous les rapports que ceux qu'il fallait payer.

De temps à autre, un jour de congé, j'avais la permission de descendre à Portsdown.

Une fois même, mon père m'y mena à califourchon devant lui sur son cheval.

J'y errai avec lui par les rues, le regard émerveillé, admirant les choses singulières qui m'entouraient.

Les murailles et les fossés, les portes et les sentinelles, la longue Grande Rue avec les grands édifices du gouvernement, le bruit incessant des tambours, le son aigu des trompettes, tout cela faisait battre plus vite mon petit cœur sous ma jaquette de layette.

Il y avait à Portsdown la maison où, trente ans auparavant, l'orgueilleux duc de Buckingham avait été frappé par le poignard de l'assassin.

Il y avait aussi l'habitation du gouverneur, et je me rappelle que pendant que je regardais, il y arrivait à cheval, la figure rouge et colérique, avec un nez tel qu'il sied à un gouverneur, sa poitrine toute chamarrée d'or.