Le hasard fit que dans la première bataille qui suivit mon arrivée à l'école, je me distinguai en attaquant séparément le plus redoutable de nos adversaires, et le frappant avec tant de force qu'il tomba sans pouvoir se relever, et fut emporté comme prisonnier par notre troupe.

Cette prouesse établit ma réputation de guerrier, si bien que j'en vins à jouer le rôle de chef de notre armée, et à être un objet d'envie pour des garçons plus grands que moi.

Cette promotion chatouilla si bien mon amour propre, que je me mis en tête de prouver que je la méritais, en inventant des moyens nouveaux et ingénieux pour battre nos adversaires.

Un soir d'hiver, nous apprîmes que nos rivaux se préparaient à nous attaquer à la faveur de la nuit, et qu'ils comptaient arriver par le pont de planches qui servait rarement, de façon à n'être pas remarqués de nous.

Ce pont se trouvait presque hors de la ville.

Il consistait simplement en une grosse poutre, sans parapet ni appui quelconque, placée là pour la commodité du secrétaire de la ville, qui demeurait jute en face.

Nous décidâmes qu'on se mettrait en embuscade derrière les broussailles, de notre côté, et qu'on attaquerait à l'improviste les envahisseurs au passage.

Mais au moment de partir, je m'avisai d'un ingénieux stratagème qui se pratiquait dans les guerres d'Allemagne, ainsi que je l'avais lu.

Je l'expliquai à mes camarades enchantés.

Nous prîmes la scie de Mr Chillingworth, et nous partîmes pour le théâtre des opérations.