C'était en ce temps-là, en 1664, que je naquis, à Havant, village prospère, situé à quelques milles de Portsmouth, à peu de distance de la grande route de Londres, et ce fut là que je passai la plus grande partie de ma jeunesse.

Havant est aujourd'hui, comme il était alors, un village agréable et sain, avec ses cent et quelques cottages de briques dispersée de façon à former une seule rue irrégulière.

Chacun d'eux était précédé de son jardinet et avait parfois sur le derrière un ou deux arbres fruitiers.

Au milieu du village s'élevait la vieille église au clocher carré, avec son cadran solaire pareil à une ride sur sa façade grise et salie par le temps.

Les Presbytériens avaient leur chapelle dans les environs, mais après le vote de l'Acte d'Uniformité, leur bon ministre, Maître Breckinridge, dont les discours avaient bien des fois attiré une foule nombreuse sur des bancs grossiers, pendant que les sièges confortables de l'église restaient déserts, fut jeté en prison et son troupeau dispersé.

Quant aux Indépendants, du nombre desquels était mon père, ils étaient également sous le coup de la loi, mais ils se rendaient à l'assemblée d'Elmsworth.

Mes parents et moi, nous y allions à pied, qu'il plût ou qu'il fît beau, chaque dimanche matin.

Ces réunions furent dispersées plus d'une fois, mais la congrégation était formée de gens si inoffensifs, si aimés, si respectés de leurs voisins, qu'au bout d'un certain temps les juges de paix finirent par fermer les yeux, et par les laisser pratiquer leur culte, comme ils l'entendaient.

Il y avait aussi, parmi-nous, des Papistes, qui étaient obligés d'aller jusqu'à Portsmouth pour entendre la messe.

Comme vous le voyez, si petit que fut notre village, il représentait en miniature le pays entier, car nous avions nos sectes et nos factions, et toutes n'en étaient que plus âpres, pour être renfermées dans un espace aussi étroit.