Mon compagnon, avec sa supériorité d'expérience, éprouvait aussi cette influence car il se mit à chanter d'une voix fêlée une chanson monotone, qui, prétendait-il, était une ode orientale et qui lui avait été apprise par la sœur cadette de l'Hospodar de Valachie.
—Parlons un peu de Monmouth, remarqua-t-il, revenant soudain aux réalités de notre situation. Il est peu probable qu'il soit en état d'entrer en campagne avant quelques jours, quoiqu'il soit d'extrême importance pour lui de frapper un coup sans retard, de façon à exciter le courage de ses partisans avant d'avoir sur les bras les troupes du roi.
«Remarquez-le, il lui faut non seulement trouver des soldats, mais encore les armer, et il est probable que ce sera plus difficile encore.
«Supposons qu'il réussisse à rassembler cinq mille hommes—et il ne peut faire un mouvement avec un nombre inférieur—il n'aura pas un mousquet par cinq hommes. Le reste devra se tirer d'affaires avec des piques, des massues et les armes primitives qu'on pourra trouver.
«Tout cela prend du temps; il y aura peut-être des escarmouches, mais sans doute aucun engagement sérieux avant notre arrivée.
—Lorsque nous le rejoindrons, il aura débarqué depuis trois ou quatre jours, dis-je.
—C'est bien peu de temps, avec son petit état-major d'officiers pour enrôler ses hommes et les organiser en régiments. Je ne m'attends guère à le trouver à Taunton, quoiqu'on nous y ait envoyés. Avez-vous entendu parler de riches Papistes dans ce pays?
—Je ne sais, répondis-je.
—S'il y en avait, il y aurait des caisses d'orfèvrerie, de la vaisselle d'argent, sans parler des bijoux de Milady et autres bagatelles propres à récompenser un fidèle soldat.
«Que serait la guerre sans le pillage?