—Nous avons dénoué un des bouts et laissé l'autre en place.

—C'est bien. Nous aurons à le garder pour le capitaine Venables. Mais maintenant il s'agit de notre premier prisonnier. Il faut le fouiller et examiner ses papiers, car il y a tant de navires qui font voile sous un faux pavillon, que nous sommes forcés d'être attentifs. Vous entendez, monsieur le soldat? Qu'est-ce qui vous amène dans ce pays et quel Roi servez-vous? Car j'ai entendu parler d'une mutinerie et de deux patrons qui se disputent le même grade dans le vieux vaisseau anglais.

—Je sers sous le Roi Monmouth, répondis-je, voyant que la fouille en question aboutirait à la découverte de mes papiers.

—Sous le Roi Monmouth! s'écria le contrebandier. Non, mon ami, voilà qui a un air de mensonge. Le bon Roi a trop grand besoin de ses amis dans le Sud, à ce que j'ai oui dire, pour envoyer un aussi bon soldat à l'aventure le long de la côte, comme un naufrageur de Cornouailles par un temps de Sud-Ouest.

—Je porte, dis-je, des dépêches de la propre main du Roi, adressées à Henri, Duc de Beaufort, dans son château de Badminton. Vous pourrez les trouver dans ma poche de dedans, mais je vous prie de ne pas rompre le cachet, car cela jetterait du discrédit sur ma mission.

—Monsieur, cria l'employé de l'Excise, en se soulevant sur son coude, je vous déclare pour cela en état d'arrestation, sous l'accusation de trahison, de fauteur de trahison, de vagabond et d'individu sans maître aux termes du quatrième statut de l'Acte. En ma qualité de représentant de la loi, je vous somme de vous soumettre à mon mandat.

—Fermez-lui la gueule avec votre écharpe, Jim, dit Murgatroyd. Quand Venables viendra, il trouvera bientôt le moyen d'enrayer son débit... Oui, reprit-il, en examinant le verso de mes papiers, il y est écrit: «De la part de Jacques II d'Angleterre, connu jusqu'à ce jour sous le nom de Duc de Monmouth, à Henri, Duc de Beaufort, Président de Galles, par les mains du capitaine Micah Clarke, du régiment d'infanterie du comté de Wilts, du colonel Saxon.» Enlevez les cordes, Dicon. Ainsi donc, Capitaine, vous voici redevenu libre, et je suis fâché que nous vous ayons maltraité sans le savoir. Nous sommes du premier au dernier, de bons Luthériens, et plus disposés à vous aider qu'à vous entraver dans votre mission.

—Ne pourrions-nous pas en effet l'aider à faire son voyage? dit le lieutenant Silas. Pour mon compte, je ne craindrais pas de mouiller ma jaquette ou de barbouiller ma main de goudron en faveur de la cause, et je suis certain que vous êtes tous dans les mêmes dispositions que moi. Maintenant, avec cette brise, nous pourrions pousser jusqu'à Bristol et débarquer le capitaine, le matin. Cela lui éviterait le danger d'être saisi au vol, par quelqu'un des requins de terre qui sont sur la route.

—Oui, oui, s'écria le grand John, la cavalerie du Roi bat le pays jusqu'au delà de Weston, mais il pourrait leur brûler la politesse, s'il était à bord de la Maria.

—Bon, dit Murgatroyd, nous pourrions être de retour en trois longues bordées. Venables aura besoin d'un jour ou deux pour débarquer ses marchandises. Si nous devons naviguer de compagnie, nous aurons du temps de reste. Ce plan vous arrangera-t-il, capitaine?